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Bilan sanguin sportif : quels biomarqueurs surveiller ?
Le bilan sanguin du sportif sert d'abord à repérer ce que la forme physique cache : une inflammation de bas grade, une glycémie qui dérive, un manque de fer ou de vitamine D. C'est l'avis de Maxime Berthelot, fondateur de Lucis, une plateforme française de santé préventive qui propose des bilans biologiques relus par des médecins. Sa règle : un biomarqueur ne veut rien dire sans le contexte de la personne (entraînement, sommeil, alimentation, objectif).
Cet article reprend ce qu'il explique dans l'épisode d'Extraterrien consacré aux bilans sanguins et à la longévité, réalisé en partenariat avec Lucis. Il le complète avec les données publiques et la recherche sur chaque marqueur.
Pourquoi faire un bilan sanguin quand on va bien
Un système fait pour soigner
Adolescent en surpoids, Maxime Berthelot ne comprenait pas pourquoi ses efforts ne payaient pas. Mais en France, obtenir un dosage sans prescription est compliqué. Barth le confirme : pour tester son cortisol et sa testostérone, il a dû voir au moins quatre médecins. Pour Maxime, ce n'est pas la faute des médecins : le système est construit pour soigner des malades, pas pour faire de la prévention chez un trentenaire en bonne santé.
Ce qui avance sans bruit
Son exemple type : le prédiabète, l'étape avant le diabète de type 2, qui ne donne aucun symptôme mais reste réversible si on le repère tôt. D'où l'idée de refaire le bilan à six mois pour voir l'évolution. Selon lui, 60 % des utilisateurs qui se sont retestés ont amélioré au moins trois marqueurs, sur des cohortes encore petites.
Un chiffre qui fait agir
La vitamine D illustre son propos. Un médecin dit « vous êtes probablement carencé », la plupart des gens arrêtent leurs gouttes au bout de trois jours. Voir son propre taux, très bas, change le comportement. C'est ce qui est arrivé à Barth, qui a découvert une carence en vitamine D, un stress élevé et un début d'inflammation qu'il attribue à son volume d'entraînement.
Bilan sanguin sportif : les biomarqueurs à surveiller
L'inflammation : la CRP ultrasensible
C'est le premier marqueur que Maxime Berthelot cite pour les sportifs. Une inflammation de bas grade ne donne pas de symptômes, mais elle est associée à long terme à un risque cardiovasculaire plus élevé. On la suit notamment avec la CRP ultrasensible. Selon lui, beaucoup de coureurs « se butent au cardio », et les très longues sorties font monter l'inflammation.
La science nuance : un effort intense provoque une hausse passagère de l'inflammation, mais l'activité régulière a un effet anti-inflammatoire à long terme (Kasapis et Thompson, 2005). Un chiffre élevé pris juste après une grosse séance ou une course n'a donc pas le même sens qu'un taux élevé au repos. Ses conseils quand il est élevé : plus de renforcement, plus de récupération, une nutrition ajustée.
La glycémie, même chez les sportifs affûtés
Deuxième paradoxe : être sec ne protège pas d'une glycémie trop haute. Les sportifs qui brûlent beaucoup cherchent la calorie facile : gels, boissons sucrées, bonbons, barres. Ses pistes : remplacer certains gels par une banane, ajouter des fibres, puis recontrôler.
Fer et ferritine chez le sportif
Pour un sportif qui veut faire progresser sa VO2 max, c'est le duo à regarder : le fer et la ferritine, qui reflète les réserves. Chez Lucis, environ 7 à 8 % des utilisateurs présentent une carence, selon Maxime. Dans la littérature, la carence en fer touche environ 15 à 35 % des cohortes d'athlètes féminines et 5 à 11 % des cohortes masculines (Sim et al., 2019).
Carence en vitamine D et en iode
La vitamine D est la carence la plus fréquente chez les utilisateurs de Lucis. Maxime Berthelot avance le chiffre de 60 % des Français en carence. L'étude nationale ENNS donne un ordre de grandeur plus élevé selon le seuil : 80 % des adultes étaient en insuffisance (moins de 30 ng/ml), et 4,8 % en déficit sévère (Vernay et al., 2012). Depuis l'avis de la Haute Autorité de santé, le dosage en routine n'est plus remboursé en dehors de quelques indications (HAS, 2013). Il rappelle aussi qu'habiter dans le Sud ne suffit pas : on se protège du soleil, et c'est une bonne chose pour la peau.
L'iode, dosé dans les urines, serait la deuxième carence de ses utilisateurs. La réponse est souvent alimentaire : sel iodé, fruits de mer, algues.
Le cortisol au réveil
Le kit inclut deux prélèvements de salive : un au réveil, un trente minutes plus tard. C'est la réponse du cortisol au réveil (CAR). Le cortisol doit monter fortement le matin puis baisser dans la journée. Une hausse trop forte comme une hausse trop faible sont des signaux. Ce test dépend beaucoup du respect des horaires de prélèvement, un point sur lequel insistent les recommandations d'experts (Stalder et al., 2016). Environ 20 % des utilisateurs de Lucis ont un cortisol élevé, une population où les entrepreneurs et les sportifs sont nombreux.
Coenzyme Q10, zinc, magnésium
Autre résultat chez ses utilisateurs : environ 20 % manquent de coenzyme Q10, impliquée dans la production d'énergie des mitochondries. Plus surprenant, il observe très peu de carences en magnésium, alors qu'on en entend parler partout. Lui-même prend de la vitamine D, de la coenzyme Q10 et du zinc, trois déficits repérés sur ses propres bilans.
Comment lire ses résultats
Normes de laboratoire et zone optimale
Les bornes d'un compte rendu correspondent en général à l'intervalle de référence : les 95 % centraux d'une population de référence, en retirant 2,5 % de chaque côté. Maxime Berthelot en tire une question : veut-on se comparer à une moyenne qui inclut des fumeurs et des sédentaires ? Lucis affiche donc aussi une zone « optimale », tirée de publications et de sociétés savantes. Ces zones optimales ne font pas consensus partout : c'est un repère de prévention, pas une norme de diagnostic.
Le contexte avant le chiffre
Barth a une créatinine et une testostérone en limite haute. Chez un sportif musclé, ce n'est pas inquiétant en soi. C'est tout l'intérêt du long questionnaire (entraînement, nutrition, sommeil, objectif) et de l'import des données de montre connectée. Il met en garde contre l'analyse de ses résultats seul avec un chatbot, qui tend à confirmer ce qu'on a envie d'entendre.
L'âge biologique, un indicateur limité
Le fameux âge biologique repose sur une formule publiée, la PhenoAge, qui combine l'âge et neuf marqueurs sanguins comme la glycémie, l'albumine, la créatinine ou la CRP (Levine et al., 2018). Maxime Berthelot le présente comme un bon indicateur, mais incomplet. Chez les sportifs, l'inflammation le tire parfois au niveau de l'âge réel, voire au-dessus.
Les erreurs de prélèvement
Plus un bilan compte de marqueurs, plus le risque de « non-conformité » augmente (mauvais ordre des tubes, échantillon inexploitable). Lucis vise moins de 1 %, avec un pic au-dessus de 5 % à une période. Le bilan à plus de 100 marqueurs est inclus dans un abonnement à 490 euros avec un test de suivi à six mois.
Compléments alimentaires : tester avant de prendre
Corriger une carence, pas plus
C'est un message qu'on n'attend pas d'un acteur de la santé préventive : le complément n'est souvent pas la réponse. La recherche va dans ce sens. Le consensus du Comité international olympique conclut que seuls quelques produits ont un effet démontré sur la performance (caféine, créatine, tampons, nitrate). Corriger une carence avérée reste en revanche utile (Maughan et al., 2018).
L'alimentation d'abord
- Iode : sel iodé, fruits de mer, algues.
- Glycémie : plus de fibres, moins de sucres rapides hors de l'effort.
- Vitamine D : un peu de soleil le matin ou en fin de journée, et une supplémentation l'hiver si le taux est bas.
Longévité : vivre plus longtemps en bonne santé
L'écart entre espérance de vie et années en bonne santé
L'objectif qu'il défend n'est pas de vivre plus longtemps, mais de réduire les années passées en incapacité. Il cite un écart d'environ 20 ans chez les femmes. Les chiffres officiels le confirment : en 2023, l'espérance de vie sans incapacité à la naissance était de 64,2 ans pour les femmes et 63,6 ans pour les hommes (DREES, 2024), pour une espérance de vie de 85,7 et 80 ans selon l'Insee.
Ce qu'il retient de Brian Johnson
L'entrepreneur américain qui mesure tout sur lui-même a, selon lui, rendu « sexy » un message ancien : bien manger, bien dormir, bouger. Maxime Berthelot reconnaît toutefois la surenchère de ses derniers tests (cellules souches, caissons hyperbares).
Savoir sans devenir obsédé
Peut-on devenir hypocondriaque à force de mesurer ? Pour lui, l'outil doit rassurer : la plupart des écarts sont des détails à optimiser. Il se méfie en revanche des tests génétiques grand public, interdits en France hors prescription, qui donnent des risques statistiques peu utiles. Son modèle reste son grand-père, qui faisait encore Bordeaux-Paris à vélo à 98 ans.
Les études citées
- DREES. L'espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 12 ans pour les femmes et de 10,5 ans pour les hommes en 2023. Études et Résultats n° 1323, 2024.
- Haute Autorité de santé. Utilité clinique du dosage de la vitamine D. Rapport d'évaluation technologique, 2013.
- Kasapis C, Thompson PD. The effects of physical activity on serum C-reactive protein and inflammatory markers: a systematic review. Journal of the American College of Cardiology, 2005.
- Levine ME, Lu AT, Quach A et al. An epigenetic biomarker of aging for lifespan and healthspan. Aging, 2018.
- Maughan RJ, Burke LM, Dvorak J et al. IOC consensus statement: dietary supplements and the high-performance athlete. British Journal of Sports Medicine, 2018.
- Sim M, Garvican-Lewis LA, Cox GR et al. Iron considerations for the athlete: a narrative review. European Journal of Applied Physiology, 2019.
- Stalder T, Kirschbaum C, Kudielka BM et al. Assessment of the cortisol awakening response: expert consensus guidelines. Psychoneuroendocrinology, 2016.
- Vernay M, Sponga M, Salanave B et al. Statut en vitamine D de la population adulte en France : l'Étude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007). Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2012.
Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Un résultat de bilan s'interprète avec un médecin, et toute supplémentation se discute avec lui.
Pour aller plus loin, écoutez l'épisode complet avec Maxime Berthelot.