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À quoi sert un préparateur mental pour un sportif ?

4 novembre 2026

L'épisode en vidéo.

Un préparateur mental sert à lever ce qui empêche un sportif d'exprimer en compétition le niveau qu'il a à l'entraînement. Pour Pierre David, ancien boxeur de haut niveau en boxe française et fondateur de l'Académie de la Haute Performance, ce travail porte moins sur les techniques que sur l'identité de l'athlète : ce qu'il s'autorise à vouloir, et ce qu'il se reproche. Son objectif affiché : qu'après l'accompagnement, l'athlète n'ait plus besoin de lui.

Il raconte son parcours et la façon dont se déroule un accompagnement dans l'épisode d'Extraterrien consacré à l'Académie de la Haute Performance, enregistré en 2022 en partenariat avec l'Académie. Voici ce qu'il faut en retenir, complété par ce que dit la recherche en psychologie du sport.

À quoi sert un préparateur mental : l'exemple de son propre blocage

Pierre David a d'abord été le sportif qu'il accompagne aujourd'hui. En savate boxe française, il dispute cinq finales de championnat de France et n'en gagne qu'une. Son rêve : l'équipe de France, réservée aux deux meilleurs de chaque catégorie.

Certain jusqu'en demi-finale, absent en finale

Jusqu'en demi-finale, il avait « la certitude absolue » de passer. Dès qu'il entrait dans le vestiaire d'une finale, il savait qu'il n'y était pas. Il s'entraînait avec le numéro un de sa catégorie : pas d'écart technique, tactique ni physique, selon lui. La différence se faisait le jour J, dans la tête. Avec le recul, il met un mot dessus : il trouvait arrogant de dire qu'il voulait être numéro un, alors son corps ne s'engageait pas.

Des années de recherche

Il teste la sophrologie, l'hypnose et la méditation. En 2017, il passe vingt jours en retraite Vipassana en Thaïlande, sans lire, sans écrire, sans parler. Il retrouve ensuite le même blocage dans sa vie d'entrepreneur, se forme aux États-Unis auprès de John Demartini, et fait le lien. Il en tire sa méthode, la dépolarisation, qui consiste à se réapproprier les traits de caractère que l'on rejette chez les autres.

Son premier athlète est un basketteur de Nationale 3 qui, devant le panier, hésitait toujours entre passer et tirer, et passait. Les résultats arrivent vite, les suivants viennent par le bouche-à-oreille. Au moment de l'épisode, il revendique environ 400 athlètes accompagnés et une équipe d'une dizaine de personnes.

Ce qu'un préparateur mental travaille, selon Pierre David

La préparation mentale regroupe beaucoup d'outils : visualisation, méditation, sophrologie, hypnose, programmation neurolinguistique. Barth le fait remarquer : Pierre David a choisi de se concentrer sur un sujet très pointu.

L'identité avant les techniques

Sa position, qu'il dit partagée par les préparateurs mentaux qu'il forme : visualisation et méditation sont utiles, mais si le blocage d'identité n'est pas réglé, « on met juste un pansement ». Il observe qu'environ 80 % des athlètes qui le consultent sont bloqués sur l'arrogance ou l'égoïsme. S'interdire de paraître arrogant, c'est s'interdire de dire qu'on veut gagner.

Ne pas « motiver » un athlète

Il est critique envers les préparateurs qui travaillent la motivation d'un athlète qui n'en a plus. Pour lui, c'est l'aider à aller contre lui-même, avec un risque de blessure. Il distingue la motivation (« il faut que je fasse ça pour avoir ça ») de l'inspiration (« je le fais parce que j'en ai envie »). Le signal d'alerte, c'est le « il faut, je dois » qui tourne en boucle.

Sortir de l'idée de gain et de perte

Autre polarité fréquente : « si j'ai gagné, je suis trop fort ; si j'ai perdu, c'est la fin du monde ». Une séance de sa méthode sert à se détacher du résultat. Il cite le cas de Alexandra Recchia, championne du monde de karaté, qui l'a contacté en 2019 après une série de contre-performances, persuadée que ne pas aller aux Jeux de Tokyo serait « la fin de sa vie ». En séance, elle a listé 50 bénéfices à ne pas y aller et 50 inconvénients à y aller, jusqu'à ne plus avoir de préférence. L'idée : l'important n'est pas le résultat, mais ce qu'on devient en le cherchant.

La recherche nuance sans contredire : une identité athlétique forte motive, mais elle peut aussi fragiliser quand la carrière ou les résultats vacillent (Brewer et al., 1993). Le consensus du Comité international olympique rappelle d'ailleurs que les troubles de santé mentale sont fréquents chez les sportifs d'élite et peuvent peser sur la performance (Reardon et al., 2019).

Vous préférez l'écouter en courant ? L'épisode complet en audio.

Comment se déroule un accompagnement en préparation mentale

Barth pose la question que beaucoup se posent : un athlète vient avec un problème flou (« ça ne va pas en compétition »), comment remonte-t-on à la cause ?

Le premier contact

À l'Académie, un premier rendez-vous est offert. En une vingtaine de minutes de questions, l'équipe vérifie si la personne est « polarisée » et si la méthode peut l'aider. Il arrive qu'elle ne propose rien : un sportif départemental ou régional qui dit que tout va bien, sans gêne assez forte pour passer à l'action, n'a pas besoin du programme. Pierre David dit aussi ne pas intervenir sur des demandes qu'il ne maîtrise pas, comme mincir ou arrêter de fumer.

Une première séance déroutante

La première séance dure 2 h 30. Il prévient : « elle est vraiment relou », et il est probable que l'athlète ne comprenne pas pourquoi on parle de tout autre chose que de son symptôme. Un athlète stressé avant les compétitions ne travaillera pas son stress, mais les traits de caractère qu'il admire ou déteste chez les autres. Une question type : à quel moment exprimez-vous vous-même le trait que vous jugez le plus ? Quand un sportif international jure qu'il ne fanfaronne jamais, on regarde ses compétitions régionales : là, il le fait aussi.

Un mois et demi sans chercher de résultat

La consigne : pendant un mois à un mois et demi, ne pas chercher de résultat, observer comment les choses se relâchent. Dans un autre épisode, il précise que sa méthode tient en cinq séances. Il cite un judoka vétéran devenu champion du monde après six semaines de travail, et un athlète revenu le voir pour un ajustement qui a pris une demi-heure.

Ce que dit la science de l'efficacité

Une méta-analyse de 35 études montre que les interventions psychologiques et psychosociales améliorent la performance sportive avec un effet modéré, qui semble durer au moins un mois après la fin de l'intervention (Brown et Fletcher, 2017). La dépolarisation, elle, n'a pas encore été évaluée sous ce nom par des études publiées. Pierre David le reconnaît et dit vouloir associer à l'Académie un docteur en neurosciences ou en psychologie pour publier.

Comment choisir un préparateur mental

En France, le titre de préparateur mental n'est pas réglementé, contrairement à celui de psychologue (et donc de psychologue du sport), qui suppose un master de psychologie et une inscription officielle. Pour un trouble de santé mentale, c'est vers un psychologue ou un médecin qu'il faut se tourner.

Les qualités qu'il recherche

Pierre David recrute uniquement parmi les coachs formés à sa méthode. Ses critères :

  • L'écoute, sans projeter ses propres explications sur l'athlète ;
  • le minimum de conseils, et jamais de « il faut » : « il faut par rapport à qui, par rapport à quoi ? » ;
  • une suggestion toujours présentée comme un point de vue, avec une question : est-ce que cela vous inspire ?

Préparateur mental et entraîneur : deux rôles

L'entraîneur qui harangue le vestiaire et pousse à en faire plus a son utilité, mais ce n'est pas la posture du préparateur mental. Pierre David attend de l'athlète qu'il garde son leadership. Pendant le premier confinement, une joueuse de rugby n'avait pas envie de courir tous les jours comme le demandait son entraîneur. Elle a proposé du CrossFit, qui l'inspirait davantage, pour un niveau équivalent.

Se comparer, un piège pour l'athlète comme pour l'entrepreneur

Barth confie avoir trop regardé d'autres médias en voulant faire grandir Extraterrien, jusqu'à ne plus voir que la montagne de travail. Pierre David lui propose de lister ce qu'il admire chez eux et de chercher où il l'exprime déjà, jusqu'à les faire « descendre du piédestal ». Barth rappelle une phrase de Laura Tarantola, médaillée d'argent en aviron à Tokyo avec Claire Bové, accompagnée par l'Académie : chaque fois qu'on regarde son concurrent, on perd son avantage. Il fait le lien avec les deux systèmes de pensée décrits par Daniel Kahneman : un système rapide et automatique, qui juge, et un système plus lent et réfléchi (Kahneman, 2011).

Les études citées

  • Brewer BW, Van Raalte JL, Linder DE. Athletic identity: Hercules' muscles or Achilles heel? International Journal of Sport Psychology, 1993.
  • Brown DJ, Fletcher D. Effects of psychological and psychosocial interventions on sport performance: a meta-analysis. Sports Medicine, 2017.
  • Kahneman D. Thinking, Fast and Slow (Système 1 / Système 2). Farrar, Straus and Giroux, 2011.
  • Reardon CL, Hainline B, Aron CM et al. Mental health in elite athletes: International Olympic Committee consensus statement (2019). British Journal of Sports Medicine, 2019.

Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas d'anxiété, de déprime ou de trouble qui dure, consultez un psychologue ou un médecin.

Pour l'histoire complète de Pierre David et de l'Académie, regardez l'épisode complet.

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