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Dépolarisation : la méthode de préparation mentale expliquée
La dépolarisation est une méthode de préparation mentale qui consiste à repérer un trait de caractère que l'on rejette chez les autres, souvent l'arrogance ou l'égoïsme, puis à se le réapproprier pour lever un blocage en compétition. Elle a été créée et déposée par Pierre David, préparateur mental, ancien boxeur de haut niveau en boxe française et fondateur de l'Académie de la Haute Performance. Son idée de départ : ce qui nous agace chez les autres est souvent ce que l'on s'interdit d'être.
Cet article reprend ce qu'il explique dans l'épisode d'Extraterrien consacré à la dépolarisation, enregistré en lien avec l'Académie de la Haute Performance, et le confronte à ce que dit la psychologie du sport.
D'où vient la dépolarisation en préparation mentale ?
Cinq finales, une seule victoire
Pierre David a disputé cinq finales de championnat de France de boxe française et n'en a gagné qu'une, « non pas grâce mais à cause du mental », dit-il. Il visait l'équipe de France, y arrivait, mais perdait ses moyens dès qu'il atteignait une finale. Il a tout essayé :
- la sophrologie et l'hypnose ;
- la méditation, jusqu'à une retraite Vipassana chez des moines, sans lire, écrire ni parler ;
- des formations aux États-Unis.
Le blocage de fond restait. Il a donc construit une méthode structurée et reproductible qui agit sur l'identité. Selon lui, plus de 600 personnes l'ont suivie.
Ce que la recherche en dit
Précisons-le : la dépolarisation est une méthode propre à l'Académie de la Haute Performance. Nous n'avons trouvé aucune étude scientifique publiée qui l'évalue sous ce nom. Certaines de ses idées croisent pourtant des notions étudiées en psychologie, comme la projection défensive ou l'identité athlétique, que nous présentons plus bas.
Être polarisé : définition
L'image de l'est et de l'ouest
Pour Pierre David, tout trait de caractère est relatif. Paris est à l'ouest de la Suisse et à l'est de Nantes. De la même façon, on peut se juger humble et être perçu comme arrogant. Quand il boxait en club, il annonçait tranquillement qu'il serait en équipe de France. Pour lui, c'était une phrase humble au vu de son niveau. Pour d'autres boxeurs, c'était de l'arrogance.
Être polarisé, explique-t-il, c'est s'attribuer un trait (« je suis humble ») et se défendre d'exprimer son opposé. Cette part de soi que l'on réprime devient un frein dès que l'on vise un objectif ambitieux qu'on n'ose pas avouer.
Arrogance et égoïsme, les deux blocages les plus fréquents
D'après ses observations, environ 80 % des sportifs de haut niveau qu'il accompagne sont polarisés sur l'arrogance, et beaucoup sur l'égoïsme. Le profil type : très bon à l'entraînement, au pied du podium en compétition. Qui l'agace ? Un concurrent ou un membre de son club. Et s'il s'autorisait à prendre sa place ? Il gagnerait.
Ce chiffre est une estimation de terrain de Pierre David, pas le résultat d'une étude publiée.
Tout le monde est-il polarisé ?
Oui, répond-il, à des degrés différents. Une personne totalement dépolarisée ne se soucierait plus du regard des autres et vivrait dans la gratitude et l'enthousiasme.
Les étapes de la méthode de dépolarisation
Le process complet se déroule en cinq séances et il est décrit dans son livre Préparation mentale gagnante (2023). Dans l'épisode, Pierre David détaille surtout la première séance.
Repérer le trait qui dérange
On part de la personne qui agace et du trait qu'on lui colle : « arrogant ». C'est le point d'audit.
Déconceptualiser : passer du jugement au fait
« Arrogant » est un jugement, pas un fait. La question devient : factuellement, que fait cette personne ? Réponse typique : elle dit qu'elle va gagner avant le départ. Elle dit donc simplement ce qu'elle pense.
Se réapproprier le trait
C'est l'étape la plus importante selon lui : quand est-ce que j'exprime moi aussi ce comportement ? L'athlète répond d'abord « jamais », puis reconnaît qu'au niveau national, il annonce sa victoire sans y penser. Pour lui c'est « normal », pour les régionaux c'est peut-être arrogant.
Lister les bénéfices pour les autres et pour soi
- Pour les autres : exprimer ce trait fait un tri naturel entre ceux pour qui la compétition compte et les autres, et pousse les concurrents à donner davantage. Cette étape enlève la culpabilité.
- Pour soi : le concurrent « arrogant » donne envie de le battre, donc de progresser. S'il était différent, on serait moins motivé.
À ce moment-là, dit-il, « on sent qu'il y a une charge qui s'enlève ».
La dépolarisation inversée
La deuxième séance vise la comparaison. Pierre David cite le conférencier John Demartini : chaque fois que l'on regarde son concurrent, on perd son avantage concurrentiel. En finale olympique, une athlète impressionnée par la détermination de ses adversaires va chercher sous quelle forme elle exprime la sienne, souvent de façon plus calme. Objectif : arrêter de scanner les autres et s'autoriser à être soi. Les séances suivantes portent sur la peur, la dualité et le prix à payer.
Ce que la dépolarisation permet, et ce qu'elle ne permet pas
Lever le frein, pas remplacer l'entraînement
Pierre David parle d'un « changement instantané d'identité », qui entraîne un changement d'actions et de résultats. Il cite des records personnels battus, plus de plaisir et moins de « il faut, je dois ». Il pose aussi la limite : ce n'est pas une baguette magique. Quelqu'un qui rêve d'être champion du monde en s'entraînant une fois par semaine ne le deviendra pas. L'académie s'occupe de l'identité, le travail physique reste à faire.
Combien de temps avant les premiers effets ?
- Cinq séances, plus une de suivi, soit environ 9 heures de travail, avec un programme en ligne de 7 à 8 heures ;
- pas de résultat attendu avant trois semaines ;
- des progrès nets entre trois semaines et un mois et demi, un changement profond après deux à trois mois.
L'exemple de Laura Tarantola
La rameuse méditait depuis des années quand elle a commencé avec Pierre David avant Tokyo, mais une petite voix la faisait encore douter en grande compétition. Selon lui, au bout d'un mois et demi à deux mois, elle avait transformé ce doute en force. Avec Claire Bové, elle a pris l'argent en deux de couple poids légers à Tokyo, à un quart de seconde des Italiennes. Son témoignage figure dans le livre de Pierre David.
Comment commencer seul la dépolarisation
Deux listes à faire avec un stylo
- Les traits qui vous agacent le plus chez les autres. Pour Pierre David, c'est souvent ce que vous réprimez, votre « zone d'ombre ».
- Les traits que vous admirez chez les autres. Cherchez ensuite sous quelle forme vous les exprimez déjà. Selon lui, l'estime de soi monte dès cette étape.
Le plus difficile reste de ne pas se mentir. C'est là qu'un regard extérieur aide. D'autres exercices à faire seul sont détaillés dans notre article sur les exercices de préparation mentale, et la différence entre estime et confiance dans celui sur la confiance en soi dans le sport.
Ce que la psychologie dit de ce mécanisme
L'idée que l'on attribue aux autres ce que l'on refuse chez soi rappelle la projection. Des travaux expérimentaux montrent que chercher à ne pas penser à un de ses propres traits rend ce trait plus présent à l'esprit, et donc plus facile à voir chez les autres (Newman et al., 1997). Cela ne valide pas la méthode, mais rend l'intuition plausible.
La peur de l'échec, que la méthode cherche à éliminer, est aussi mesurée en sport : elle va de pair avec plus d'inquiétude, d'anxiété et de perturbations de la concentration (Conroy et al., 2002).
Les effets en dehors du sport
Gagner pour être heureux, ou l'inverse
À l'époque, si on lui avait proposé de choisir entre gagner les championnats de France et être heureux, Pierre David aurait choisi la victoire. Une athlète internationale qu'il suit lui a résumé le changement : elle est désormais heureuse, et c'est pour cela qu'elle va gagner, alors qu'avant elle cherchait à gagner pour être heureuse.
Une identité qui dépasse le statut d'athlète
Plusieurs athlètes de l'académie se sont autorisé une deuxième passion ou un travail à côté, ou sont passés de deux entraînements par jour à un, sans perdre en niveau. Quelques-uns ont choisi d'arrêter, et l'académie a accompagné la transition. Son argument : une médaille appartient déjà au passé, alors que la personne que l'on devient reste après la carrière.
La recherche lui donne en partie raison. Une identité athlétique très forte soutient l'engagement, mais elle fragilise en cas de blessure ou d'arrêt (Brewer et al., 1993). Une revue de 126 études sur la fin de carrière montre que l'identité de l'athlète et le soutien social pèsent lourd dans la qualité de l'adaptation (Park et al., 2013).
Les études citées
- Brewer BW, Van Raalte JL, Linder DE. Athletic identity: Hercules' muscles or Achilles heel? International Journal of Sport Psychology, 1993.
- Conroy DE, Willow JP, Metzler JN. Multidimensional fear of failure measurement: the Performance Failure Appraisal Inventory. Journal of Applied Sport Psychology, 2002.
- Newman LS, Duff KJ, Baumeister RF. A new look at defensive projection: thought suppression, accessibility, and biased person perception. Journal of Personality and Social Psychology, 1997.
- Park S, Lavallee D, Tod D. Athletes' career transition out of sport: a systematic review. International Review of Sport and Exercise Psychology, 2013.
Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel. En cas de difficulté psychologique qui dure, consultez un psychologue, un psychologue du sport ou un médecin.
Pour suivre les étapes avec un stylo et une feuille, écoutez l'épisode complet avec Pierre David sur la dépolarisation, issu de la série mensuelle consacrée à la préparation mentale sur Extraterrien.