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GR20 en autonomie : alléger son sac avec Mathieu Blanchard

30 octobre 2026

L'épisode en vidéo.

Faire le GR20 en autonomie, c'est porter son couchage, sa nourriture et traiter son eau sur environ 180 km : tout se joue sur le poids du sac. Mathieu Blanchard, ultra-traileur, 2e de l'UTMB 2022 et vainqueur de la Diagonale des Fous 2024, fixe un repère clair : au-delà de 8 kg hors eau, courir devient compliqué. Son projet, boucler le GR20 en 3 ou 4 jours en autonomie totale, l'oblige à arbitrer chaque gramme entre poids et confort.

Ce guide reprend ses choix de matériel, détaillés dans l'extrait d'Extraterrien consacré au GR20, tiré de l'épisode complet avec Mathieu Blanchard. On y ajoute les informations pratiques publiées par la FFRandonnée et le Parc naturel régional de Corse, qui gère les refuges.

Le GR20 en bref : distance, étapes, difficulté

Les chiffres de référence

Selon la FFRandonnée, le GR20 traverse la Corse du nord au sud :

  • 180 km et plus de 10 000 m de dénivelé positif, sur des sentiers rocailleux ;
  • 15 étapes : 9 au nord, de Calenzana à Vizzavona, et 6 au sud, de Vizzavona à Conca ;
  • 15 jours en moyenne pour un randonneur ;
  • un tracé souvent proche de 2 000 m d'altitude, avec des passages délicats : l'un des sentiers les plus exigeants d'Europe.

Ce que vise Mathieu : un GR20 court, en autonomie totale

Beaucoup de traileurs l'ont déjà fait en quelques jours. La « petite couche » que Mathieu ajoute : l'autonomie totale. Il porte son eau, sa nourriture et de quoi dormir. C'est la partie « dodo et nourriture » qui complique le projet, explique-t-il : elle ajoute du poids, donc du temps. Il ne vise pas de record. Pour repère, le record du GR20 appartient depuis juillet 2026 à François D'Haene, en 29 h 46 min, avec assistance.

La période et les réservations

  • En 2026, le Parc naturel régional de Corse a ouvert les refuges du 16 mai au 4 octobre.
  • La réservation est obligatoire pour toutes les formules, bivouac compris, en ligne et par carte bancaire.
  • Chaque refuge a un quota. Ortu di u Piobbu, Carrozzu et Usciolu sont complets très tôt, et les premières semaines de juin et de septembre sont les plus demandées.
  • Au printemps, des névés peuvent persister et imposer crampons et piolet : renseignez-vous auprès du Parc.

Dormir en autonomie sur le GR20 : tente, tarp ou bivi

Les trois niveaux d'abri

Mathieu classe les abris du plus confortable au plus léger :

  • La tente, de préférence en Dyneema : ce tissu permet une seule paroi au lieu de deux sur une tente classique, pour un couchage qui reste confortable.
  • Le tarp : une tente sans mur ni sol, autrement dit une bâche tendue au-dessus de la tête entre deux bâtons.
  • Le bivi : un sac étanche dans lequel on glisse son sac de couchage. On dort au sol, protégé de l'humidité et de la pluie, le visage à l'air.

Tente ou bivi : 300 grammes d'écart

Avec les matériaux actuels, les écarts ne sont plus majeurs. Sa tente pèse 700 g, son bivi 400 g. Faut-il prendre ces 300 g ? Sa réponse tient dans une règle de calcul : « 1 g par-ci, 300 par-ci, 100 par-là », et à la fin, ce sont des kilos.

Son critère de choix : la durée.

  • Sur 3 ou 4 jours, il accepte un niveau de fatigue important, il partirait donc plutôt sur le bivi.
  • Sur une semaine ou 10 jours, il prendrait la tente, parce qu'on ne peut pas accumuler 10 jours de mauvaises nuits.

Le bivouac GR20 : des règles strictes

Mathieu le rappelle : on ne dort pas où on veut. Il faut dormir près des refuges, d'où son besoin de vérifier leur altitude et l'exposition aux orages selon la période. Le cadre officiel est clair : le camping sauvage est strictement interdit et le bivouac n'est autorisé que dans les zones prévues, sur réservation. La réservation sert aussi la sécurité : lors de la tempête de la mi-août 2022, le Parc a pu localiser les randonneurs enregistrés alors que le réseau téléphonique était coupé.

Le matelas et la mini-pompe

Sur le matelas, il ne lésine pas : un modèle gonflable de 100 à 150 g fait partie de l'évidence. Il y ajoute une mini-pompe de 40 g, pas par paresse. Gonfler un matelas à la bouche y envoie de l'humidité, qui conduit beaucoup mieux la chaleur que l'air : on a froid. Cette humidité favorise aussi les moisissures, qui abîment le matelas. L'ordre de grandeur qu'il donne, « 25 fois plus conductrice », correspond à l'écart entre l'eau liquide et l'air.

Sac GR20 : quel poids viser ?

La règle des 8 kg

De ses expériences de fastpacking et du Marathon des Sables, Mathieu tire un seuil : au-delà de 8 kg hors eau, courir devient compliqué. En dessous, on évolue encore de façon fluide sur un terrain technique. La science confirme que chaque kilo se paie : la dépense d'énergie à la marche augmente avec la charge portée, la pente et la vitesse (Pandolf et al., 1977). Le poids aux pieds coûte encore plus cher que sur le dos (Knapik et al., 2004).

Un petit sac pour se forcer à choisir

Autre astuce : plus le sac est grand, plus on a tendance à le remplir. Prendre volontairement un sac de plus petite capacité oblige à se séparer de certains éléments quand tout ne rentre plus.

Version refuges : 5 à 7 kg

L'équipe d'Extraterrien, qui préparait aussi le GR20, visait 5 à 7 kg en dormant et en mangeant dans les refuges, ce qui retire tout le couchage et la nutrition. Il faut compter environ 1 kg de snacks et autant pour l'électronique (caméras, téléphones) quand on tourne du contenu.

Le matériel de sécurité à ne pas sacrifier

  • Une veste imperméable de type Gore-Tex pour les crêtes : « c'est essentiel », insiste Mathieu, « ça sauve une vie » ;
  • une couverture de survie ;
  • une frontale.

Eau et nourriture en autonomie

Le lyophilisé, meilleur rapport calories-poids

Pour la nourriture, son choix est évident : le lyophilisé, qui offre le meilleur rapport entre calories et poids.

S'arrêter dans les refuges quand même

Il pose une règle « culturelle » : sur le GR20, on s'arrête dans les refuges, on salue, on consomme une boisson ou un petit quelque chose, par respect pour le sentier et ceux qui le gèrent. Son plan alimentaire reste autonome : ces arrêts seront des bonus, comme une boisson gazeuse et sucrée.

Filtre ou pastilles ?

Sa réponse : sur une eau de source, un filtre suffit largement. Les pastilles sont réservées aux eaux douteuses : ce sont des produits chimiques, désagréables pour l'estomac. Un animal mort en amont pollue rarement l'eau, vite dévoré par les renards ou les rapaces. Le vrai risque, en été, ce sont les troupeaux en estive : moutons et vaches produisent beaucoup d'urine et d'excréments, et en aval, on s'expose à « une belle gastro ». Lui est « 100 % au filtre », sans souci.

Les recommandations sanitaires vont dans son sens, avec une nuance : un filtre de 1 micron ou moins arrête très bien les parasites comme Giardia et Cryptosporidium, mais pas les virus. En cas de doute sur une eau, combiner filtre et désinfection chimique reste la méthode la plus sûre quand on ne peut pas faire bouillir (CDC).

Pourquoi le faire : le GR20 comme bloc d'entraînement

Un « bloc choc » d'aventure

Mathieu aime tracer des itinéraires où il n'est jamais allé. Il a fini par « mettre de la couleur » sur tous les chemins autour de chez lui dans son application de suivi. Il programme donc des blocs « choc », plus de volume que d'intensité, avec des journées de 5 à 12 heures. Le GR20 en fait partie : un sentier mythique, qu'il veut connaître pour son terrain « caractériel » et pour les personnes qui l'entretiennent.

Un banc d'essai pour le matériel

Il se décrit comme un peu « geek » du matériel et aime tester de nouveaux produits sur le terrain, sur des critères de légèreté ou de solidité. Pour l'équipement d'un premier ultra, lisez notre article sur le matériel d'un premier 100 km.

Les études citées

  • Centers for Disease Control and Prevention (CDC). A guide to drinking water treatment and sanitation for backcountry and travel use.
  • FFRandonnée. GR 20 : ouverture des réservations pour la saison 2026.
  • FFRandonnée. Le GR 20, sentier mythique de Corse (reportage).
  • FFRandonnée. Les refuges du GR 20, garants de la sécurité.
  • Knapik JJ, Reynolds KL, Harman E. Soldier load carriage: historical, physiological, biomechanical, and medical aspects. Military Medicine, 2004.
  • Pandolf KB, Givoni B, Goldman RF. Predicting energy expenditure with loads while standing or walking very slowly. Journal of Applied Physiology, 1977.

Les dates d'ouverture, tarifs et règles de réservation changent chaque saison : vérifiez-les auprès du Parc naturel régional de Corse avant de partir.

Pour entendre Mathieu Blanchard détailler son sac, écoutez l'extrait sur le GR20 en autonomie et l'épisode complet avec Mathieu Blanchard.

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