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Manque de confiance en soi : d'où vient-il, que faire ?

4 novembre 2026

L'épisode en vidéo.

Un manque de confiance en soi vient le plus souvent d'une étiquette acceptée tôt (« je suis nul »), d'une série d'échecs ou de la comparaison avec les autres. C'est l'analyse de Pierre David, préparateur mental, ancien boxeur de haut niveau en boxe française et fondateur de l'Académie de la Haute Performance, qui dit avoir accompagné plus de 600 athlètes. Pour lui, on en sort en distinguant deux confiances, l'une inconditionnelle et l'autre liée aux résultats, puis en cessant de se comparer.

Cet article reprend ce qu'il explique dans l'épisode d'Extraterrien « Comment augmenter sa confiance en soi ? », issu de la série mensuelle sur la préparation mentale réalisée avec l'Académie de la Haute Performance. Il complète l'article déjà publié sur la confiance en soi dans le sport, qui part, lui, de l'expérience de Barth.

Les deux confiances en soi selon Pierre David

Pierre David part d'une idée simple : nous sommes à la fois des « êtres » et des « humains ». Chaque partie a sa propre confiance, et les deux tournent en boucle.

La confiance inconditionnelle

Elle est informelle, intemporelle et inconditionnelle. Il dit l'avoir comprise lors d'une retraite de 20 jours chez des moines, sans lire, écrire ni parler. Sa conclusion : à chaque instant, on peut choisir qui l'on a envie d'être, souriant, triste, un peu fou. Cette confiance ne dépend d'aucun résultat.

La confiance conditionnelle

Elle est liée à la matière : aux faits, aux actes, aux résultats que l'on produit. C'est elle qui monte après une victoire et qui baisse après une défaite. Le problème commence quand les échecs répétés de la seconde finissent par entamer la première.

La psychologie fait une distinction proche. Crocker et Wolfe (2001) parlent d'estime de soi contingente : quand la valeur qu'on s'accorde dépend d'un domaine (la performance, l'approbation des autres), elle motive davantage, mais elle rend aussi plus vulnérable émotionnellement aux échecs dans ce domaine.

D'où vient un manque de confiance en soi ?

Pierre David le dit lui-même : il n'a pas « forcément la réponse ». Il observe en revanche trois voies fréquentes chez les athlètes qu'il suit.

Une étiquette reçue dans l'enfance

Les premiers « mentors » comptent : parents, professeurs, premiers employeurs, amis. Son exemple : un enfant rapporte une mauvaise note, quelqu'un se moque et lui dit qu'il est nul. S'il le croit, c'est ce que l'hypnose appelle une suggestion directe. L'enfant valide l'identité « je suis nul », ne voit plus l'inverse, et ses résultats « vont constamment tendre à lui montrer qu'en effet il est nul ».

Les travaux de Mueller et Dweck (1998) montrent un mécanisme voisin. Des enfants félicités pour leur intelligence, donc pour un trait fixe, perdaient davantage motivation et performance après un échec que des enfants félicités pour leurs efforts. La façon dont on qualifie un enfant pèse sur la manière dont il encaisse ensuite les revers.

Une répétition d'échecs ou un gros choc

Après l'adolescence, le manque de confiance se construit plutôt par répétition : on rate plusieurs fois l'objectif fixé, on associe le résultat à des émotions négatives, et la confiance conditionnelle finit par toucher l'identité. Un seul événement très chargé émotionnellement peut produire le même effet. Pierre David parle alors de « trauma ».

La comparaison

Il cite Ralph Waldo Emerson, auteur de l'essai La Confiance en soi, pour qui l'envie est ignorance et l'imitation un suicide. Et le conférencier John Demartini : dès que l'on se compare, on perd son avantage concurrentiel. Se comparer, c'est mettre face à face deux systèmes de priorités différents. Que l'on se juge mieux ou moins bien, on se déconnecte de son propre potentiel.

Barth le vit comme créateur de contenu : sur les réseaux sociaux, on voit les vues, les likes, les nouveaux projets des autres, et l'on oublie ses propres objectifs. Festinger (1954) a posé les bases de cette idée : quand il n'existe pas de critère objectif, on s'évalue en se comparant aux autres. Sur un réseau social, les critères visibles sont justement ceux des autres.

Vous préférez l'écouter en courant ? L'épisode complet en audio.

Confiance en soi et arrogance : ne pas confondre

Le frein le plus courant chez les athlètes

Pierre David observe un profil fréquent : des athlètes que l'entourage voit confiants, mais qui ont « une petite faille à l'intérieur » et n'arrivent pas à percer au plus haut niveau. Souvent, ceux qui les agacent le plus sont les gens qu'ils perçoivent comme très sûrs d'eux. Pour lui, il faut d'abord aimer et accepter la part arrogante que l'on a en soi pour pouvoir exprimer pleinement sa confiance. C'est le travail de la dépolarisation classique, sa méthode.

L'exemple de Florent Manaudou

Barth raconte avoir longtemps eu l'image d'un Florent Manaudou arrogant. Après une à deux heures d'échange avec lui, il a vu autre chose : quelqu'un de sûr de ses valeurs et de ses forces, qui se remet beaucoup en question, aime rire et n'est pas là pour écraser les autres. « C'est la confiance, c'est une sérénité », résume-t-il. L'entourage, lui, peut le percevoir autrement.

La recherche distingue aussi deux formes de fierté. Tracy et Robins (2007) opposent la fierté authentique, liée à l'effort et à la réussite, à la fierté « hubristique », tournée vers la supériorité sur les autres. Les deux ont des profils de personnalité différents. C'est, en termes scientifiques, la frontière entre confiance et arrogance dont parle l'épisode.

Retrouver confiance en soi avec la dépolarisation inversée

Précisons-le : la dépolarisation inversée est une méthode propre à l'Académie de la Haute Performance. Nous n'avons trouvé aucune étude publiée qui l'évalue sous ce nom. Son principe : tout ce que l'on admire chez les autres, on l'exprime aussi, sous une autre forme. Le but est de ne plus se minimiser, sans pour autant s'exagérer.

Deux exemples d'athlètes

  • Laura Tarantola, rameuse, se jugeait moins déterminée que d'autres athlètes aux Jeux olympiques. En regardant sous quelle forme elle exprimait sa propre détermination, elle a vu qu'elle avait simplement une autre forme d'expression.
  • Une joueuse de badminton de niveau régional, parmi ses premières clientes, admirait des adversaires « qui ne lâchaient rien ». Elle a constaté qu'elle ne lâchait rien non plus avec ses enfants, sa priorité. Elle n'avait plus besoin de prouver aux autres qu'elle était forte.

L'exercice en trois étapes

C'est le « devoir » que Pierre David donne aux auditeurs. Comptez 20 à 30 minutes, avec une feuille :

  • notez 3 traits de caractère que vous admirez ;
  • trouvez les personnes qui expriment ces traits selon vous ;
  • notez 10 moments où vous-même exprimez chacun de ces traits, sous votre forme.

Vous admirez quelqu'un d'excellent ou de connu ? Cherchez où vous êtes excellent, où vous êtes reconnu. On s'arrête quand on peut se dire « il ne me manque rien ». L'idée n'est pas de supprimer la comparaison, mais de se comparer « sainement ».

Ce que disent les champions

Chez 14 athlètes de niveau mondial, Hays et al. (2007) ont identifié neuf sources de confiance, dont la préparation, les réussites passées, le soutien social, l'expérience et la connaissance de soi. La connaissance de ses propres forces, que vise cet exercice, fait donc partie des leviers cités par les meilleurs.

Quand consulter un préparateur mental ?

Une question de temps

Sa réponse est directe : cela dépend du temps que vous acceptez de passer sans exploiter tout votre potentiel. Six mois de plus ne vous dérangent pas ? Essayez seul. Vous voulez avancer vite ? Faites-vous accompagner. Certains viennent après avoir atteint un « plafond de verre » avec un autre accompagnant, d'autres après avoir lu ses livres.

Lever la honte

Personne ne trouve étrange d'avoir un préparateur physique. Pour le mental, on entend encore « c'est être faible » ou « je n'ai pas de problème ». Pierre David entend aussi des athlètes qui ne préviennent ni leur entourage ni leur coach, et attendent les résultats pour en parler. Gulliver et al. (2012) font le même constat chez de jeunes athlètes de haut niveau : la stigmatisation est le principal frein à la demande d'aide, devant le manque d'information.

Il garde un souvenir de son premier entraîneur de boxe. Quand il a voulu partir vers un plus gros club, celui-ci lui a dit d'y aller, et qu'il serait toujours le bienvenu. Pour Pierre David, le meilleur accompagnant est celui qui connaît ses limites et sait orienter l'athlète vers d'autres expertises.

Les études citées

  • Crocker J, Wolfe CT. Contingencies of self-worth. Psychological Review, 2001.
  • Festinger L. A theory of social comparison processes. Human Relations, 1954.
  • Gulliver A, Griffiths KM, Christensen H. Barriers and facilitators to mental health help-seeking for young elite athletes: a qualitative study. BMC Psychiatry, 2012.
  • Hays K, Maynard I, Thomas O, Bawden M. Sources and types of confidence identified by world class sport performers. Journal of Applied Sport Psychology, 2007.
  • Mueller CM, Dweck CS. Praise for intelligence can undermine children's motivation and performance. Journal of Personality and Social Psychology, 1998.
  • Tracy JL, Robins RW. The psychological structure of pride: a tale of two facets. Journal of Personality and Social Psychology, 2007.

Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel. Si le manque de confiance en soi pèse sur votre quotidien, parlez-en à un psychologue, un psychologue du sport ou un médecin.

Pour faire l'exercice en écoutant Pierre David, retrouvez l'épisode complet sur la confiance en soi. Ses deux livres, Identité gagnante (2021) et Préparation mentale gagnante (2023), sont cités dans la description de l'épisode.

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