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Signes de surentraînement : le burn-out d'Anne-Lise Rousset
Les signes de surentraînement sont souvent mentaux avant d'être physiques : l'envie disparaît, les sorties longues deviennent une corvée, et un petit signal corporel revient sans arrêt. C'est ce qu'a vécu Anne-Lise Rousset, ultra-traileuse, vétérinaire en Haute-Savoie et détentrice du record féminin du GR20 (35 h 50 en 2022), pendant sa préparation de l'UTMB 2024. Elle a fini par mettre un mot sur ce qu'elle refusait d'entendre : burn-out sportif.
Cet article reprend son témoignage, enregistré à Chamonix pendant la semaine de l'UTMB, dans l'épisode d'Extraterrien sur les signaux cachés du surentraînement. Il le complète avec ce que disent les consensus scientifiques.
Quels sont les signes de surentraînement ?
Les signaux qu'elle décrit sont simples, sans chiffres ni fréquence cardiaque, et beaucoup d'amateurs peuvent s'y reconnaître.
Plus d'étincelle sur la ligne de départ
Le premier signal apparaît au début de la saison 2024, sur la course qu'elle avait choisie pour préparer l'UTMB. Au départ, elle se dit déjà « plus que deux ». Elle connaît Madère, elle sait que le parcours est magnifique, et pourtant elle subit. « Il y a pas l'étincelle de la ligne de départ, il y a pas le frisson. »
Les sorties longues deviennent un fardeau
Tout l'été, elle enchaîne des blocs en montagne sur les plus belles traces : reconnaissance du parcours de l'UTMB, Chamonix-Zermatt, tour de la Vanoise. Ce qui la faisait vibrer d'habitude ne lui donne plus envie. Elle s'entraîne parce qu'il faut s'entraîner.
Un marqueur physique qui revient
Chacun a le sien. Chez elle, c'est la cheville qui vrille, un marqueur de fatigue qu'elle connaît bien. En 2024, elle « n'arrêtait pas de sortir ». Lors du dernier bloc d'entraînement, elle rentre en stop au col de l'Iseran, la cheville gonflée. Autre indice : un bouton de fièvre présent presque tout l'été.
Le langage de l'obligation
Les phrases qui tournent en boucle sont un signal à part entière : « il faut la cocher », « il faut le faire ». Personne ne l'obligeait à courir l'UTMB, mais c'était devenu une case à remplir dans une carrière d'ultra-traileuse. « Quand on est déjà dans cet état d'esprit, ça va pas le faire. »
Surentraînement ou burn-out sportif ?
Ce que dit le consensus scientifique
Le consensus européen et américain sur le sujet (Meeusen et al., 2013) distingue plusieurs stades. Une fatigue qui disparaît en quelques jours après un bloc chargé est normale. Quand la baisse de performance dure des semaines ou des mois, on parle de surmenage non fonctionnel, puis de syndrome de surentraînement. Aucun marqueur sanguin ou hormonal ne suffit à le diagnostiquer : il faut d'abord écarter les autres causes, comme une infection, une carence ou un déficit énergétique. Le mot « syndrome » est choisi parce que l'entraînement n'est pas toujours la seule cause.
Le burn-out sportif, trois dimensions
La psychologie du sport décrit le burn-out de l'athlète avec trois composantes, mesurées par un questionnaire de référence (Raedeke et Smith, 2001) :
- un épuisement physique et émotionnel lié à l'entraînement et à la compétition ;
- une dévalorisation du sport, qui perd son sens ;
- un sentiment d'accomplissement réduit.
Anne-Lise Rousset s'est reconnue dans ce tableau quelques mois après l'UTMB. Invitée à une conférence d'une chercheuse en psychologie spécialisée dans le burn-out sportif, elle arrive presque vexée. « Mais non, pas moi. » Puis elle coche chaque point de la présentation : moins d'envie, lassitude, petits signaux physiques. « J'étais l'exemple du livre. »
Relativiser grâce au quotidien
Ce qui l'a aidée juste après l'UTMB : reprendre le travail le lundi. Ses éleveurs, qui suivent pourtant ses courses, lui font comprendre que rater une course n'est pas grave et que la vie continue. Son mari Adrien, son entraîneur et sélectionneur de l'équipe de France de trail, a lui aussi vécu cet échec comme une remise en question de son coaching. Ils ont tout changé l'année suivante.
Pourquoi le surentraînement arrive : la charge totale
Trois vies en parallèle
En 2021, tout arrive en même temps : la naissance de son fils Faustin, son association dans un cabinet vétérinaire mixte où elle travaille à plein temps, et le passage à l'ultra. Pour préparer l'UTMB, elle travaille trois jours, puis part en blocs en montagne, et pose toutes ses vacances. « C'est clairement trop demandé pour une seule vie. »
On trouve du temps pour s'entraîner, pas pour se reposer
Elle dormait bien, mais n'avait jamais de temps pour une sieste, une marche sans objectif ou un moment à ne rien faire. C'est le point aveugle de beaucoup d'amateurs. Le consensus sur la récupération (Kellmann et al., 2018) rappelle que la récupération doit être planifiée et suivie au même titre que l'entraînement, pour éviter la sous-récupération et le surentraînement.
- la fatigue du travail et de la famille s'additionne à celle des séances ;
- le repos ne se rattrape pas en dormant plus une nuit ;
- couper complètement après un gros objectif fait partie du plan : elle s'accordait trois semaines sans sport, parfois quatre.
La pression du regard extérieur
Après le record du GR20, la médiatisation change de dimension, en même temps que celle du trail en général. Les sollicitations des partenaires et des médias augmentent. Sa protection : couper les réseaux sociaux à l'approche des grandes courses. Elle regrette aussi le trop-plein autour des événements, les selfies toutes les trois foulées. « On va juste courir en montagne, en vrai. »
Antidouleurs et automédication : sa position
Jamais rien pris
Anne-Lise Rousset le dit sans détour : elle n'a jamais pris d'antidouleur, ni pendant ni après un ultra, ni de complément alimentaire. Ni mélatonine pour dormir, ni produit pour gérer le stress pendant sa période difficile.
Le paracétamol en ultra, « plus que borderline »
Elle est choquée par l'usage du paracétamol sur ultra, dont certains coureurs parlent ouvertement. Le produit n'est pas interdit, mais selon elle, prendre un Doliprane au bout de 150 km parce qu'on n'en peut plus augmente la performance, puisque la fin d'un ultra se joue sur la résistance à la douleur. C'est son avis, et le débat reste ouvert dans le milieu. La science lui donne en partie raison : dans un essai en double aveugle, des cyclistes entraînés ont bouclé un contre-la-montre de 16 km 30 secondes plus vite sous paracétamol que sous placebo, avec une puissance plus élevée pour la même douleur perçue (Mauger et al., 2010). Elle rappelle aussi le risque de l'automédication sur un effort aussi exigeant. Sur ce sujet, lisez notre article sur les antidouleurs en ultra-trail.
Des contrôles trop rares
En 13 ans de carrière, ses contrôles antidopage se comptent sur les doigts d'une main. Elle estime que la lutte antidopage en trail a encore beaucoup de travail devant elle, et qu'il faudrait davantage de prises de parole de médecins pour expliquer les risques aux coureurs.
Après le burn-out : courir autrement
Une relation libre au sport
Elle a annoncé, en accord avec ses partenaires, la fin des grandes compétitions après 2025. Ce qui pesait le plus n'était pas l'effort, mais la rigueur quotidienne : courir après le temps, faire des squats dans le garage à 21 h. Aujourd'hui :
- des séances plus courtes, à l'envie, sans plan imposé ;
- les séances qu'elle aime gardées : tempo et descentes rapides en montagne ;
- un semi-marathon à Valence pour voir où elle en est à l'approche de la quarantaine ;
- quelques projets hors compétition sur des traces qui la font rêver.
Arrêter avant de subir
Son conseil aux athlètes qui la contactent : décider de la fin plutôt que la subir. S'aligner chaque année sur les mêmes courses et voir ses chronos se dégrader est dur à vivre. « On arrête quand ça se passe bien. »
L'intérêt du double projet
Son métier de vétérinaire lui a servi d'ancrage. La carrière sportive est éphémère, et ne pas tout miser sur le sport permet de rebondir quand elle s'arrête.
Maternité et haut niveau
Un post-partum plus dur dans la tête que dans le corps
Physiquement, tout s'est bien passé. Suivie par une kiné dès le troisième mois de grossesse, elle bat le record du GR20 moins d'un an après la naissance de Faustin. Elle dit même ne jamais avoir été aussi forte musculairement qu'après sa grossesse. La difficulté est venue environ deux ans plus tard, côté psychologique : les priorités changent, et partir s'entraîner des heures au détriment de son fils devient de plus en plus difficile à accepter. Aujourd'hui, Faustin lui demande ouvertement pourquoi elle part courir.
Elle regrette que le corps médical ait été au départ réfractaire à sa pratique sportive. Les recommandations du Comité international olympique sur le sport pendant et après la grossesse (Bø et al., 2017) consacrent pourtant une partie entière au post-partum chez les sportives.
L'entourage, condition de la réussite
Pour concilier sport et parentalité, elle cite d'abord l'entourage : Faustin les a suivis partout, en refuge en Vanoise comme sur le parcours de l'UTMB.
Les études citées
- Bø K, Artal R, Barakat R et al. Exercise and pregnancy in recreational and elite athletes: 2016/17 evidence summary from the IOC expert group meeting, Lausanne. Part 3: exercise in the postpartum period. British Journal of Sports Medicine, 2017.
- Kellmann M, Bertollo M, Bosquet L et al. Recovery and performance in sport: consensus statement. International Journal of Sports Physiology and Performance, 2018.
- Mauger AR, Jones AM, Williams CA. Influence of acetaminophen on performance during time trial cycling. Journal of Applied Physiology, 2010.
- Meeusen R, Duclos M, Foster C et al. Prevention, diagnosis, and treatment of the overtraining syndrome: joint consensus statement of the European College of Sport Science and the American College of Sports Medicine. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2013.
- Raedeke TD, Smith AL. Development and preliminary validation of an athlete burnout measure. Journal of Sport and Exercise Psychology, 2001.
Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Une fatigue qui dure plusieurs semaines malgré le repos doit être vue par un médecin du sport, qui pourra écarter les autres causes.
La fatigue d'une course n'est pas celle d'une saison : pour comprendre ce qui se passe dans le corps pendant un ultra, lisez notre article sur la fatigue en ultra-trail avec Guillaume Millet. Et pour le témoignage complet, écoutez l'épisode avec Anne-Lise Rousset.