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Sortir de sa zone de confort : la séance de Nicolas Fleury
Sortir de sa zone de confort, c'est souvent accepter qu'une peur précise indique la direction à prendre. C'est ce que reconnaît Nicolas Fleury, champion du monde de VTT trial par équipes en 2015, à la fin d'une séance de dépolarisation filmée avec Pierre David, préparateur mental et fondateur de l'Académie de la Haute Performance. En une heure, il passe de « je freine la prise de risque pour protéger mon équipe » à « quand j'ai cette peur, c'est exactement ce vers quoi il faut que j'aille ».
Cet article raconte la séance de dépolarisation en direct avec Nicolas Fleury, premier épisode d'un nouveau format d'Extraterrien réalisé avec l'Académie de la Haute Performance. Pour la méthode elle-même, lisez notre article sur la dépolarisation en préparation mentale.
Le point de départ : la peur de prendre des risques
Qui est Nicolas Fleury ?
Nicolas Fleury a 27 ans au moment de l'épisode. Spécialiste du VTT trial, le franchissement d'obstacles à vélo, il a fait 15 ans de haut niveau, été champion de France, et intégré l'équipe de France vers 16 ans. En 2015, aux championnats du monde UCI à Vallnord (Andorre), il est sacré champion du monde par équipes et prend le bronze chez les juniors en 26 pouces. Il est aussi diplômé ingénieur des Arts et Métiers.
Il a arrêté la compétition deux ans avant l'enregistrement. Il vit aujourd'hui de trois activités :
- un one man show à vélo sur des événements ;
- des interventions en entreprise, où il fait rouler les salariés ;
- des projets d'images dans des lieux inattendus, comme des toits parisiens.
Il avait suivi un an et demi de préparation mentale juste avant son titre mondial, mais ne connaissait pas la dépolarisation.
« Si je me blesse, je mets du monde dans la panade »
À la sortie de son école d'ingénieurs, les projets se sont enchaînés et il a dû embaucher. Il a alors réalisé qu'une blessure ne toucherait plus seulement lui et ses sponsors, mais toute une équipe. Il a freiné la prise de risque. Il le reconnaît en souriant : sur Instagram, on le croirait toujours au bord du vide. Mais il n'a pas l'impression d'avoir « repassé des vrais gros caps de progression par peur des répercussions ».
La peur de se blesser pèse réellement sur la pratique. Après une reconstruction du ligament croisé, Ardern et al. (2013) ont montré que les réponses psychologiques, dont la peur d'une nouvelle blessure, étaient liées au retour, ou non, au niveau d'avant la blessure à 12 mois.
Comment se déroule une séance de dépolarisation
Pierre David pose le cadre : une vraie première séance dure deux heures, avec un entretien avant. Ici, tout est condensé en une heure, avec des raccourcis qu'il ne prendrait pas en accompagnement. La méthode est propre à l'Académie : nous n'avons trouvé aucune étude publiée qui l'évalue sous ce nom.
Trouver le jugement qui bloque
Pierre David propose plusieurs traits : égoïste, malhonnête, malveillant, prétentieux. Si Nicolas se blessait et laissait son équipe en difficulté, de quoi aurait-il peur d'être jugé ? D'égoïsme : avoir pensé à ses « kiffs perso » et à sa progression avant l'équipe. Il choisit ensuite une personne qu'il perçoit égoïste, rebaptisée « Guy » pour l'épisode.
Passer du jugement au fait
« Égoïste » est un jugement. Factuellement, que fait Guy ? Il fait les choses pour servir ses intérêts, et demande parfois aux autres ce qu'il refuserait de faire. C'est cette phrase factuelle, et non le mot « égoïste », que Nicolas doit retrouver chez lui.
Se réapproprier le trait : la phase la plus dure
La consigne : noter des moments précis (quand, où, avec qui) où l'on a soi-même fait des choses pour servir ses intérêts, sans se justifier. Seul, Pierre David conseille d'en trouver au moins dix, ce qui peut prendre plus de 30 minutes. Nicolas parle d'une mémoire qui efface ces souvenirs. Il le remarque lui-même : plus on pense ne pas être comme ça, plus c'est dur à trouver. Puis les exemples arrivent, surtout dans le business :
- des appels d'offres où il sort « l'artillerie lourde » face à un concurrent, sans dénigrer personne ;
- un client relancé lui-même alors que des amis géraient le dossier, ce qu'ils ont mal pris ;
- un show raccourci de 35 à 18 minutes accepté parce qu'il voulait absolument y être ;
- surtout, un format inventé : parler lui-même au public pendant ses shows, sans speaker, alors qu'on attendait d'un rider qu'il roule et se taise.
Le déclic vient quand Pierre David élargit la notion : les intérêts ne sont pas seulement financiers, ils peuvent être émotionnels. Nicolas voit alors qu'il sert ses intérêts « tous les jours ».
Ce que la séance change
Des bénéfices pour ceux qu'il a dérangés
Certains, dans son milieu, ont mal vécu cette façon de sortir des cases. Quels bénéfices en ont-ils tiré ? Il trouve : un sport plus connu et plus accessible, une image plus élégante, des marques, y compris du luxe, qui s'y intéressent, et surtout un champ des possibles ouvert. Sa conclusion : « même les gens que j'aime pas, je vais finir par leur servir d'une manière ou d'une autre ».
« J'ai envie de lui dire merci »
Retour à Guy. Ce trait qui l'agace lui a apporté de l'inspiration, une « giga motivation », l'envie de prouver qu'on peut réussir sans être « un requin », de la fierté et de la confiance. Sans Guy, dit-il, il aurait été moins ambitieux. Quand il répète « Guy est égoïste », il ajoute spontanément un « mais ». Pour Pierre David, c'est le signe que la charge émotionnelle a baissé.
Sortir de sa zone de confort : voir à cinq ans
Les bénéfices d'une blessure de six mois
Deuxième exercice, plus court. Nicolas tente un projet ambitieux et se blesse : six mois d'arrêt. Vu à cinq ans, quels bénéfices pour l'équipe ? Plus de disponibilité, du temps pour une stratégie à long terme, et l'occasion de vérifier que chacun est bien en phase avec la direction prise. Et s'il ne prend plus de risques ? Perte de motivation, essoufflement, puis perte de business.
Ce changement d'échelle répond à deux biais connus :
- la surestimation de l'impact : on prévoit des émotions négatives plus intenses et plus durables qu'elles ne le seront (Wilson et Gilbert, 2005) ;
- l'aversion aux pertes : une perte pèse plus lourd qu'un gain équivalent dans nos choix (Kahneman et Tversky, 1979).
La peur comme boussole
Nicolas conclut qu'à court terme, il craint de priver son équipe de moyens, alors qu'à cinq ans ce serait « que du positif ». Il pense à un projet de documentaire où il veut repousser ses limites techniques. Pierre David rappelle une idée de leurs épisodes : on performe le mieux entre certitude et incertitude, « excité d'aller là-bas et en même temps, j'ai peur d'y aller ».
La recherche nuance un peu cette idée. L'étude de Yerkes et Dodson (1908), souvent citée pour défendre un niveau de stress « optimal », portait sur des souris, et la « loi » qui en porte le nom a été construite plus tard. Chez des champions olympiques, Fletcher et Sarkar (2012) décrivent un point plus solide : la façon dont l'athlète évalue une épreuve, comme un défi plutôt qu'une menace, protège de la pression.
Une séance usante, à digérer
Nicolas sort « rincé ». Il décrit une séance « usante » mais « ultra intéressante », qui demandera quelques jours de digestion, et qui le conforte dans ses projets plutôt qu'elle ne les remet en cause. Barth, passé par l'exercice, compare cela à un premier trou dans le mur d'une chambre noire : un faisceau de lumière, qui s'agrandit avec le travail.
Les études citées
- Ardern CL, Taylor NF, Feller JA, Whitehead TS, Webster KE. Psychological responses matter in returning to preinjury level of sport after anterior cruciate ligament reconstruction surgery. American Journal of Sports Medicine, 2013.
- Fletcher D, Sarkar M. A grounded theory of psychological resilience in Olympic champions. Psychology of Sport and Exercise, 2012.
- Kahneman D, Tversky A. Prospect theory: an analysis of decision under risk. Econometrica, 1979.
- Wilson TD, Gilbert DT. Affective forecasting: knowing what to want. Current Directions in Psychological Science, 2005.
- Yerkes RM, Dodson JD. The relation of strength of stimulus to rapidity of habit-formation. Journal of Comparative Neurology and Psychology, 1908.
Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel. Une séance filmée et condensée ne remplace pas un accompagnement complet : en cas de difficulté psychologique qui dure, consultez un psychologue, un psychologue du sport ou un médecin.
Pour voir la séance en entier, regardez l'épisode complet avec Nicolas Fleury et Pierre David. Un autre athlète s'est prêté au même exercice : lisez comment se débarrasser d'une croyance limitante en séance.