← Le blog

Blog

Cycle menstruel et sport : ce que montre la recherche

4 novembre 2026

L'épisode en vidéo.

Le cycle menstruel n'empêche pas de performer : les femmes réalisent des performances de haut niveau à toutes les phases du cycle. Ce qui pèse sur le sport, ce sont les symptômes (douleurs, fatigue) et surtout l'absence de règles, qui multiplie par quatre à cinq le risque de fracture de fatigue. C'est le message de Juliana Antero, chercheuse épidémiologiste à l'INSEP (laboratoire IRMES), qui dirige le programme de recherche Empow'her sur la santé et la performance des sportives.

Cet article reprend ce qu'elle explique dans l'épisode d'Extraterrien consacré au cycle et à la ménopause des sportives, préparé avec l'accompagnement de la MGEN. Il le complète avec les études publiées sur le sujet.

Comment l'INSEP étudie le cycle menstruel et le sport

Une chercheuse qui a « subi » son cycle

Ancienne gymnaste de haut niveau au Brésil, en gymnastique aérobique, et kinésithérapeute de formation, Juliana Antero n'a jamais parlé de son cycle à ses entraîneurs. Elle a pourtant tout connu : des règles très douloureuses et irrégulières, une probable aménorrhée, des fractures de fatigue et des syndromes prémenstruels « affreux ». À l'époque, la question ne se posait même pas.

Le suivi des athlètes d'Empow'her

Le programme démarre vers 2020 avec les fédérations de cyclisme, d'aviron et de ski. Il accompagne aujourd'hui 11 sports et a suivi plus d'une centaine de sportives avant les Jeux de Tokyo, de Pékin et de Paris. Chaque athlète est suivie au moins six cycles, avec :

  • une application remplie chaque matin : sommeil, forme, fatigue, douleurs au ventre, humeur, fringales, troubles digestifs, calendrier des règles ;
  • les données d'entraînement : capteurs de puissance et de mouvement, effort perçu, note de l'entraîneur ;
  • des prélèvements salivaires à domicile pour doser œstrogènes, progestérone et testostérone.

Le travail des épidémiologistes consiste ensuite à isoler l'effet du cycle parmi tout ce qui influence la performance : sommeil, nutrition, environnement.

Les trois inquiétudes qui reviennent

  • l'absence ou l'irrégularité des règles ;
  • l'excès de symptômes, avec la peur qu'une compétition tombe pendant les règles ;
  • le choix entre cycle naturel et contraception hormonale.

Les symptômes menstruels des sportives d'élite sont comparables, voire un peu plus légers, à ceux de la population générale. Les troubles du cycle, eux, sont surreprésentés.

S'entraîner selon son cycle : deux fenêtres

Avant l'ovulation, une fenêtre favorable à la charge

Le résultat qu'elle trouve le plus passionnant : une cyclicité de la réponse à la charge d'entraînement. En plus du rythme jour et nuit, les sportives suivent un rythme dit infradien, lié au cycle. Dans la première moitié du cycle, avant l'ovulation, les femmes encaissent en général mieux les entraînements très intenses, avec moins de fatigue et de courbatures. La montée des œstrogènes et de la testostérone favorise alors les efforts explosifs.

Après l'ovulation, avec la montée de la progestérone, le corps demande plus de récupération. « C'est pas qu'il n'est pas possible de performer », précise-t-elle : il faut simplement être plus attentive à la récupération pour enchaîner les séances. Ce schéma moyen varie d'une femme à l'autre.

Ces résultats viennent d'une étude de son équipe sur des rameuses et skieuses olympiques (De Larochelambert et al., 2024) : les athlètes à cycle naturel étaient surtout dans un état de réponse « facile » à la charge pendant la première moitié du cycle, puis plus souvent dans un état « difficile » après l'ovulation estimée. Chez les femmes sous pilule, la cyclicité persiste, avec une réponse plus difficile pendant la semaine de pause.

La nuance de la recherche

À l'échelle des moyennes, l'effet du cycle reste petit. Une méta-analyse de 78 études (McNulty et al., 2020) trouve une performance à peine plus basse en début de phase folliculaire, pendant les règles, avec des études de faible qualité. Les auteurs recommandent une approche individuelle, ce qui rejoint la méthode d'Empow'her : suivre chaque athlète plutôt qu'appliquer un calendrier général.

Ce qu'elle fait elle-même

Juliana Antero utilise son cycle pour la musculation. Dans sa fenêtre favorable, elle va à la salle quel que soit le temps, monte les charges et va jusqu'à l'échec pour l'hypertrophie. Dans la fenêtre de récupération, si elle est plus fatiguée, elle ne s'entraîne pas.

Vous préférez l'écouter en courant ? L'épisode complet en audio.

Règles et performance : ce sont les symptômes qui coûtent

Avoir mal n'est pas normal

Elle tient à casser une idée : des règles très douloureuses ne font pas partie du « combo être une femme ». Un excès de douleur signale un environnement inflammatoire, un excès de fatigue peut venir de règles abondantes et d'une perte de fer, encore plus problématique en altitude. Ces symptômes se soignent, et il faut en chercher la cause avec un professionnel.

Même course, même jour du cycle, deux résultats

Elle cite deux marathoniennes de niveau mondial qui couraient leur premier jour de règles. La première, attendue pour une médaille olympique, a dû s'arrêter en pleine course à cause des douleurs et a fini une demi-heure au-dessus de son record. La seconde a battu le record du monde du marathon. La différence ne venait pas des règles, mais des symptômes.

Aménorrhée de la sportive : un signal d'alarme

Pas un signe de bon niveau

Quand les cycles s'allongent puis disparaissent (jusqu'à trois mois ou plus sans règles), ce n'est pas le sport qui est en cause. C'est un déséquilibre entre l'effort demandé et l'énergie apportée par l'alimentation, le sommeil et la gestion du stress. Faute d'énergie, le corps coupe le système qu'il juge non prioritaire : la reproduction.

Conséquence : moins d'œstrogènes et de testostérone, des hormones anaboliques qui soutiennent la masse musculaire et la santé osseuse. D'où le chiffre qu'elle répète : un risque de fracture de fatigue multiplié par quatre à cinq. Il rejoint une étude sur des coureurs de demi-fond et de fond d'élite où les blessures osseuses étaient environ 4,5 fois plus fréquentes chez les athlètes dont la fonction reproductive était perturbée (Heikura et al., 2018). Ce tableau correspond au déficit énergétique relatif dans le sport, ou REDs, décrit par le Comité international olympique (Mountjoy et al., 2023). Nous l'avons détaillé dans notre article sur le déficit énergétique du sportif.

La pilule ne règle pas le problème

La contraception hormonale assure un minimum d'œstrogènes pour les os, et elle n'est « absolument pas un problème » en soi. Mais l'utiliser pour retrouver des saignements peut masquer un déficit énergétique chronique. Avoir des saignements sous pilule n'est pas avoir restauré l'équilibre énergétique.

Ménopause et sport : le renforcement musculaire en priorité

Une transition, puis un point d'arrêt

Elle compare la vie hormonale à des montagnes russes. La ménopause en est la fin : le moment où l'on compte douze mois sans règles. En France, elle survient en moyenne à 51 ans, et la périménopause commence vers 45 ans. Les cycles raccourcissent d'abord (de 29 à 27 jours par exemple), puis deviennent irréguliers, avec parfois plus de sept jours d'écart d'un cycle à l'autre, puis des mois sans règles.

Des symptômes fréquents

  • bouffées de chaleur et sueurs nocturnes ;
  • troubles du sommeil et fatigue ;
  • baisse de la libido, troubles urogénitaux ;
  • irritabilité, humeur dépressive, « brouillard mental ».

Selon le rapport de la mission parlementaire sur la ménopause remis en 2025, 87 % des femmes concernées présentent au moins un symptôme en plus de l'arrêt des règles (Rist, 2025). Ces symptômes peuvent durer jusqu'à 60 ans.

Ce que le sport apporte

Pour Juliana Antero, l'activité physique est l'un des leviers modifiables les plus puissants pour traverser cette période. Après la ménopause, la chute des hormones expose à la perte osseuse, à l'ostéoporose, à la fonte musculaire et à la hausse des risques cardiovasculaires. Les recommandations de l'OMS restent celles des adultes : 150 à 300 minutes d'activité modérée ou 75 à 150 minutes d'activité intense par semaine, plus deux séances de renforcement musculaire (Bull et al., 2020). Son conseil : insister sur le renforcement, et profiter des années où l'on a encore ses cycles pour construire son capital musculaire.

Sur les bouffées de chaleur, la science est moins nette qu'elle ne le laisse entendre : une revue Cochrane (Daley et al., 2014) n'a pas trouvé de preuve suffisante d'un effet de l'exercice sur ces symptômes. Les bénéfices sur les os, les muscles et le cœur, eux, ne font pas débat. À l'inverse, le tabac avance la ménopause : les fumeuses ont environ deux fois plus de risque d'une ménopause précoce (Zhu et al., 2018).

La performance après 50 ans

Les symptômes pèsent sur la performance, comme ceux des règles. Mais la ménopause n'a pas d'effet différent du vieillissement normal. On ne court pas à 50 ans comme à 25, et se comparer sans cesse à son pic est frustrant. Les témoignages les plus positifs recueillis par la mission venaient de femmes qui vivaient cette phase comme une reconstruction. Sur la courbe de performance avec l'âge, voir aussi notre article sur le pic de performance.

Les études citées

  • Bull FC, Al-Ansari SS, Biddle S et al. World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. British Journal of Sports Medicine, 2020.
  • Daley A, Stokes-Lampard H, Thomas A, MacArthur C. Exercise for vasomotor menopausal symptoms. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014.
  • De Larochelambert Q et al. (coautrice : Antero J). Exploring the effect of the menstrual cycle or oral contraception on elite athletes' training responses when workload is not objectively quantifiable: the MILS approach and findings from female Olympians. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 2024.
  • Heikura IA, Uusitalo ALT, Stellingwerff T et al. Low energy availability is difficult to assess but outcomes have large impact on bone injury rates in elite distance athletes. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2018.
  • McNulty KL, Elliott-Sale KJ, Dolan E et al. The effects of menstrual cycle phase on exercise performance in eumenorrheic women: a systematic review and meta-analysis. Sports Medicine, 2020.
  • Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM et al. 2023 International Olympic Committee's (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). British Journal of Sports Medicine, 2023.
  • Rist S. Rapport de la mission parlementaire sur la ménopause, remis au gouvernement en avril 2025.
  • Zhu D, Chung HF, Pandeya N et al. Relationships between intensity, duration, cumulative dose, and timing of smoking with age at menopause: a pooled analysis of individual data from 17 observational studies. PLoS Medicine, 2018.

Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de règles douloureuses, absentes ou irrégulières, ou de symptômes de la ménopause, consultez un médecin, un gynécologue ou une sage-femme.

Pour aller plus loin, écoutez l'épisode complet avec Juliana Antero.

Newsletter

Performance 1 %

Chaque semaine, les meilleures clés de performance tirées des épisodes, directement dans votre boîte mail.

Je m'abonne →