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Blocage mental en sport : les 3 plus fréquents
Les trois blocages mentaux les plus fréquents en sport sont la peur de paraître arrogant, la peur de l'échec et la peur de décevoir. C'est le constat de Pierre David, préparateur mental, ancien boxeur de haut niveau en boxe française et fondateur de l'Académie de la Haute Performance, qui revendique plus de 600 sportifs accompagnés. Les trois ont un point commun, selon lui : le sportif perçoit plus d'inconvénients que de bénéfices à ce qu'il redoute, et son corps refuse alors de s'engager.
Il les détaille dans l'épisode d'Extraterrien sur les 3 blocages psychologiques les plus fréquents chez les athlètes, issu de la série mensuelle sur la préparation mentale menée en partenariat avec l'Académie. Voici chaque blocage, l'exercice qu'il propose et ce qu'en dit la recherche.
Blocage mental n°1 en sport : la peur de paraître arrogant
C'est le blocage principal : Pierre David l'observe chez 80 % des athlètes qu'il accompagne. C'était aussi le sien. Cinq finales de championnat de France, une seule victoire. Dire « je serai en équipe de France » lui paraissait normal ; dire « je veux être champion du monde » lui paraissait arrogant. En finale, dans le vestiaire, il « n'était pas dedans ».
Conscient contre subconscient
Le mécanisme qu'il décrit : quand on valorise l'humilité, on rejette son contraire, l'arrogance. On ne s'autorise plus à dire qu'on vise la première place. Le conscient veut gagner, le corps ne suit pas. Un test simple : demandez-vous quel trait de caractère vous agace le plus chez les autres. Si la réponse est l'arrogance, il parie que vous êtes concerné. Il cite Yoann Kowal, envoyé par son sponsor de l'époque, bloqué sur ce point dès la première séance.
Le test du « c'est normal »
Son exercice : dire son objectif à voix haute, à soi puis à ses proches, et observer comment le corps réagit. Si la phrase « mon objectif est d'être champion de France » passe de façon fluide, l'objectif est validé. Si elle coince, il reste un conflit intérieur. Une athlète qu'il suit lui a dit avant ses championnats de France : « c'est normal pour moi d'être championne de France ». Il n'en déduit pas qu'elle gagnera, seulement que le blocage intérieur a disparu. La méthode utilisée pour lever ce blocage, la dépolarisation, est expliquée dans notre article dédié.
Le syndrome de l'imposteur chez le sportif
Barth fait le lien : ce blocage apparaît surtout face à un objectif jamais atteint, sur lequel on ne se sent pas crédible. Pierre David confirme que c'est très proche du syndrome de l'imposteur. Il a vu des athlètes devenus une fois champions du monde se dire ensuite « c'était de la chance », puis ne jamais reproduire le titre. Le phénomène de l'imposteur a été décrit par Clance et Imes (1978) à partir de leur pratique clinique : le sentiment de ne pas mériter sa réussite malgré des preuves objectives. La description d'origine ne repose pas sur des mesures, mais elle a ouvert un champ de recherche.
Blocage n°2 : la peur de l'échec en sport
Sa définition est mécanique : avoir peur d'échouer, c'est percevoir que l'échec apportera plus d'inconvénients que de bénéfices. Il compare le sportif à un cavalier qui veut sauter l'obstacle sur un cheval qui a peur et recule.
L'exemple d'Alexandra Recchia
La karatéka Alexandra Recchia, plusieurs fois championne du monde, arrive à l'Académie avant le tournoi qualificatif olympique, après une série de contre-performances. Ne pas aller aux Jeux, pour elle, serait « la fin de sa vie » : elle avait tout gagné, sauf ça. Sa propre formule, rapportée par Pierre David : sa peur d'échouer était devenue plus forte que son envie de gagner.
La séance a duré environ trois heures. Elle a listé les bénéfices pour elle si elle n'allait pas à Tokyo, puis les inconvénients si elle y allait, jusqu'à ne plus avoir de préférence. Selon Pierre David, elle a de nouveau performé dans les semaines suivantes, notamment à Johannesburg.
Relire ses échecs passés
Pour la snowboardeuse Chloé Trespeuch, privée de médaille aux Jeux de PyeongChang en 2018 (elle y termine cinquième), le travail est parti du passé. Pendant plus d'une heure et demie, ils ont cherché les bénéfices de cet échec et les inconvénients s'il n'avait pas eu lieu. Elle témoigne dans le livre de Pierre David que cet échec l'a rendue plus forte pour aller chercher la médaille d'argent à Pékin, en 2022.
L'exercice à faire seul :
- choisir trois ou quatre échecs vécus ;
- pour chacun, noter tous les bénéfices qu'il a apportés, et tous les inconvénients s'il n'était pas arrivé ;
- ne pas lâcher la feuille trop tôt : il parle de 45 à 50 éléments, pas de trois.
Son argument : une peur du futur s'appuie presque toujours sur un souvenir. Si le cerveau a associé chaque échec passé à un gain, la peur de l'échec à venir baisse.
Pourquoi « il n'y a pas d'échec » ne suffit pas
Barth cite la phrase attribuée à Nelson Mandela : il n'y a pas d'échec, seulement des apprentissages. Pour Pierre David, la répéter reste intellectuel. L'athlète garde une préférence pour la victoire. Ce n'est qu'après avoir listé longuement les bénéfices du « cauchemar » et les inconvénients du « fantasme » que la philosophie « soit je gagne, soit j'apprends » passe dans le corps.
La psychologie du sport confirme que la peur de l'échec n'est pas une seule peur. L'inventaire de Conroy et al. (2002) en distingue cinq composantes : la honte, la baisse de l'estime de soi, l'incertitude sur l'avenir, la perte d'intérêt des proches et le fait de les contrarier. Chez de jeunes sportifs d'élite interrogés, les conséquences les plus redoutées étaient une image de soi dégradée, l'absence de sentiment d'accomplissement et le coût émotionnel de l'échec (Sagar et al., 2007).
Blocage n°3 : la peur de décevoir
Barth la voit souvent : une fois les premières performances arrivées, il y a des sponsors, un staff, des parents qui ont fait des sacrifices. L'enjeu grandit, et le poids aussi. Pour Pierre David, c'est la même logique que la peur de l'échec, appliquée aux autres : on croit qu'un mauvais résultat leur apportera plus d'inconvénients que de bénéfices.
Sortir du triangle victime, persécuteur, sauveur
Il s'appuie sur le triangle dramatique de Karpman, un modèle de l'analyse transactionnelle qui décrit trois rôles dans les relations conflictuelles : victime, persécuteur, sauveur (Karpman, 1968). Craindre de décevoir, c'est s'attribuer le pouvoir de faire du mal à l'autre. Le but est d'en sortir pour que chacun reprenne ses responsabilités.
Déçus pour vous, pas par vous
Avec la rameuse Laura Tarantola, médaillée d'argent à Tokyo en deux de couple poids légers, il a repris les défaites passées et leurs bénéfices, pour elle et pour ses proches. Le déclic : ses parents n'étaient pas déçus par elle, mais tristes pour elle. Ils ne l'abandonneraient pas pour un résultat. Ce constat a fait tomber le poids.
Quand la relation est toxique
Autre cas : un joueur de football marqué par un ancien entraîneur qu'il avait « déçu ». Il a compris que ce coach projetait ses propres rêves sur lui, et que la relation était devenue trop pesante. Il a changé de club pour une équipe où l'on voulait surtout qu'il prenne du plaisir.
Quand quelqu'un fait beaucoup de sacrifices pour vous, Pierre David propose une dépolarisation inversée : chercher où vous exprimez vous-même ce trait, jusqu'à voir que vous co-construisez le projet. Sa conclusion : si vous avez fait de votre mieux et que quelqu'un est déçu, « on ne peut rien faire pour ça ». Un footballeur qui joue devant 50 000 personnes ne peut pas porter la déception de chacun. Barth ajoute une nuance : se demander aussi quelle part de responsabilité on a dans ces relations.
Ce que ces méthodes valent, et quand se faire accompagner
Une pratique de terrain
Les exercices de listes de bénéfices et d'inconvénients viennent de la méthode de Pierre David, inspirée du travail de John Demartini. À notre connaissance, ils n'ont pas été évalués sous ce nom dans des études publiées. Les témoignages cités sont ceux qu'il rapporte. Pour aller plus loin seul, voir aussi comment identifier ses croyances limitantes et la séance en direct pour se débarrasser d'une croyance limitante.
Seul ou accompagné
Barth le rappelle en ouverture : on peut avancer seul, mais pour passer un cap, il faut parfois se faire accompagner. L'Académie propose un premier rendez-vous offert d'une trentaine de minutes.
Les études citées
- Clance PR, Imes SA. The impostor phenomenon in high achieving women: dynamics and therapeutic intervention. Psychotherapy: Theory, Research & Practice, 1978.
- Conroy DE, Willow JP, Metzler JN. Multidimensional fear of failure measurement: the Performance Failure Appraisal Inventory. Journal of Applied Sport Psychology, 2002.
- Karpman S. Fairy tales and script drama analysis. Transactional Analysis Bulletin, 1968.
- Sagar SS, Lavallee D, Spray CM. Why young elite athletes fear failure: consequences of failure. Journal of Sports Sciences, 2007.
Cet article ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si une peur ou une anxiété devient envahissante, consultez un psychologue ou un médecin.
Pour entendre Pierre David détailler ces trois blocages, regardez l'épisode complet.